La nuit du destin de Djouher - Balade et méditation

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Cet espace se veut une invite à une randonnée à travers les voies de la vie. Je souhaite la bienvenue à celles et ceux qui me rejoindraient sur ce parcours où nous ferons des haltes pour nous ressourcer.

La nuit du destin de Djouher

Publié par Idir Ait Mohand sur 1 Mai 2015, 09:22am

Cette nuit de décembre la neige était au rendez-vous. Pendant toute la semaine, il n’y avait pas eu le moindre nuage, le ciel était d’un bleu azur et le soleil réchauffait de quelques degrés la température glaciale des longues nuits d’hiver. A l’intérieur de la maisonnette, les grosses bûches de bois de chêne laissaient tomber leurs braises dans le foyer et la flamme rajoutait un peu de clarté à la pièce que la lampe à pétrole éclairait à peine.

En cette nuit de Yennayer (jour de l’an Amazigh), correspondant au 12 janvier, Djouher avait préparé un couscous accompagné d’un coq comme le veut la tradition. Le mari de Djouher, émigré pour un an ou deux, était absent mais la coutume voulait qu’au moment du dîner de Yennayer, les enfants doivent appeler leur papa pour partager avec eux ce moment tant attendu. Autour du plat en bois, étaient assis les enfants et leur maman sur une nappe en alfa et chacun d’eux avait en face de lui une cuillère et un morceau de coq y compris la part du papa se trouvant à deux mille kilomètres de là.

- Viens te joindre à nous papa, crièrent les enfants en chœur.

Dans son imaginaire, le cadet entendit l’écho de son père qui lui fit savoir qu’il arriverait à l’aube. Après le repas, Djouher qui connaissait par cœur les contes kabyles anciens, entama comme chaque soir, une histoire pour distraire ses enfants avant de s’endormir. Après leur avoir raconté quelques contes de fées, Djouher jeta un coup d’œil à travers la porte à deux battants et vit une épaisseur de neige impressionnante qui lui inspira cet autre conte qui se révéla prémonitoire.

- Mes enfants, leur dit-elle, il était une fois un couple de paysans très pauvres qui n’avait plus de bois pour se chauffer. L’épouse proposa à son mari de fondre la porte en lui disant : ô mon mari, coupe la porte aujourd’hui, nous allons veiller et si Dieu le veut, nous achèterons une paire de bœufs pour pâturer dans une prairie. L’époux adhéra à l’idée de sa femme, il fendit la porte, alluma le feu pendant que sa son épouse finissait de préparer le maigre repas du soir.

Quelques instants après, un ogre fit irruption dans la chaumière avec un balluchon sur son dos. La bonne femme l’accueillit en toute hospitalité, elle lui proposa de se chauffer et l’invita à partager leur maigre dîner. Comme il avait faim, il dut ingurgiter tout le repas avant de ressortir en laissant son balluchon là où il l’avait entreposé. Croyant qu’il avait oublié son ballot, la femme l’interpella pour le reprendre. L’ogre répondit qu’il était venu pour les dévorer tous, eux et leurs enfants, mais comme il fut reçu en hôte, il avait fait exprès de leur laisser son balluchon en guise de récompense.

- Que mon baluchon puisse vous servir et servir votre postérité, avait conclu l’ogre qui s’éclipsa comme il était venu.

Le balluchon était rempli de pièces d’or, une fortune que les deux paysans utilisèrent à bon escient.

Quant à Djouher qui conta cette fable à ses enfants, elle était loin d’imaginer que cette nuit de Yennayer, était sa nuit du destin. En effet, l’écho de Djouher et ses enfants avait retenti de l’autre côté de la Méditerranée. Son mari allait devenir riche, très riche du jour au lendemain. Lui, qui ne mangeait pas à sa faim afin d’économiser le peu d’argent qu’il gagnait pour sa famille, avait acheté, pour la première fois de sa vie, un billet de loterie.

Le bonhomme n’avait nullement l’intention de gaspiller le prix d’un billet de loterie, il voulait simplement marchander quelques vêtements d’occasion au marché aux puces en cette matinée de dimanche. Mais voilà que sur l’insistance d’un buraliste qu’il avait sollicité pour une boîte de chique, il céda et acheta donc un billet qui s’avérera être le bon numéro d’un gros lot exceptionnel.

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