J’ai débusqué le diable qui est en moi - Balade et méditation

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Cet espace se veut une invite à une randonnée à travers les voies de la vie. Je souhaite la bienvenue à celles et ceux qui me rejoindraient sur ce parcours où nous ferons des haltes pour nous ressourcer.

J’ai débusqué le diable qui est en moi

Publié par Idir Ait Mohand sur 22 Juillet 2015, 16:01pm

Coran – Chapitre 16 Les Abeilles (An-Nahl) Verset 63

«Par Dieu ! Nous avons effectivement envoyé des messagers à des communautés avant toi. Mais le Diable leur enjoliva ce qu'ils faisaient. C'est lui qui est leur allié aujourd'hui [dans ce monde]. Et ils auront un châtiment douloureux [dans l'au- delà]».

Faire une incursion dans un sujet qui fâche n’est pas recommandable, cependant la crise de mysticisme qui sévit à travers de nombreux pays dont le mien avec une intensité toujours croissante, ne peut pas laisser indifférent le simple panthéiste que je suis. Donc, comme pas mal de gens, j’ai essayé de comprendre un peu ce phénomène des temps modernes qui occupe notre quotidien à qui l’on n’accorde que peu d’intérêt puisque la vraie vie c’est celle d’après dit-on.

Il m’a fallu près de cinq ans de questionnements et de recherche pour aboutir à la conclusion que le Diable n’est pas un mythe, qu’il est fait de chair et d’os et qu’il est l’individu lui-même. Partant de ce constat, je me suis retiré dans mon village, loin de la pollution des villes, loin du tintamarre, loin de ma famille pour approcher le Diable afin de mieux le cerner. On dit que pendant le mois de ramadan, le Diable s’éclipse devant la forte dévotion des pratiquants, alors que c’est pendant ce mois qu’il redouble de férocité du moins dans ce que j’ai constaté.

L’œuvre de Satan est si bien ficelée qu’il serait illusoire de penser qu’on peut lui échapper. On peut juste le maudire comme l’a fait le Patriarche Ibrahim quand Dieu lui dicta d’immoler son fils. Sûr de sa foi que rien ne pouvait ébranler, Ibrahim allait commettre la pire des horreurs qui soient sans l’intervention du Diable qui s’érigea en bienfaiteur. En effet, à chaque fois qu’Ibrahim s’apprêta à passer le poignard sur le cou de son fils, le Diable l’en empêcha en retournant sa main. Ne fais pas cela, c’est ton fils ! Lui enjoignit le Diable dont la mission est de guider vers le mal, ce qui n’est pas vrai dans ce cas précis. Ibrahim qui tenait à aller jusqu’au bout du sacrifice, lutta contre le Diable en lui lançant à chaque tentative une pierre suivie du fameux rituel : Maudit sois-tu Satan ! La suite que tout le monde connaît, c’est le mouton ramené par l’Ange et qui fut égorgé à la place d’Ismaël d’où le sacrifice de l’Aïd-el-kébir.

Si Dieu a créé la beauté, le Diable en fait la tentation. La beauté n’aurait aucun sens s’il n’y avait pas ce désir de l’apprécier. Dieu et le Diable se complètent donc dans une étroite symbiose, mais s’opposent en toutes circonstances. Dans le cas du sacrifice d’Ibrahim et si les rôles ne furent pas inversés exprès pour perpétuer le culte de Satan, c’est le Diable qui s’est interposé dans le sens du bien et, manifestement, Dieu dans celui du mal. Ainsi, la confusion peut être totale dans l’esprit de chaque être humain qui agit selon ce que lui dicte sa conscience tout en étant convaincu du bien-fondé de son action qu’elle soit bonne ou mauvaise.

L’exemple de La Mecque en est l’illustration. Pas loin de la maison construite pour Dieu, on a édifié un obélisque symbolisant le Diable que les pèlerins lapident sept fois afin de perpétuer l’acte d’adoration d’Ibrahim. Simplement, il se trouve que ce même Diable qui fut lapidé pendant des siècles, a été déplacé au mont Arafat (montagne de la miséricorde) pour y être adoré. A sa place, on a construit trois imposants Diables (un grand, un moyen et un petit) pour rappeler que le Diable est omniprésent à côté de l’Ange et les deux se confondent dans l’esprit de chaque être humain. Ainsi se voit-on obligé d’aller dans un sens ou dans l’autre avec la conviction d’être dans le bon chemin même si celui-ci est mauvais.

S’il est clair que l’Ange oriente vers les bonnes actions qui mènent vers une seule et unique voie : le Salut et la Paix, le Diable, quant à lui, offre trois voies qui mènent vers le même châtiment :

1 - On est avec le Diable et c’est la paix avec lui. Dès qu’il lance son appel, son adorateur le rejoint, ouvre ses oreilles et écoute ses instructions.

2 - On lui résiste et c’est la déclaration de guerre. Dans ce cas, on est pointé du doigt et on doit se tenir prêt à subir toutes les conséquences du refus.

3 – On se fait passer pour un fou et c’est l’indifférence totale. Le fou peut alors se permettre tous les excès sans que personne ne lui prête attention. A la limite, il aura droit à de la compassion mais c’est le prix à payer.

Il existe une quatrième voie qui est celle de l’hypocrisie. Rejoindre le Diable tout en étant contre lui et prendre ainsi beaucoup de risques. Cette façon de déjouer la ruse du Diable n’est pas recommandable car on ne joue pas avec lui.

Depuis la nuit des temps jusqu’à la fin des temps, l’arrivée au monde d’un être humain est un événement qui surpasse tous les autres puisque le bébé découvre l’inconnu. Cependant, personne ne peut se souvenir de cette découverte qui transcende toutes les autres car les premiers temps de vie sont synonymes d’innocence et de pureté qui symbolise l’Ange. Le Diable, jusque-là absent, n’arrivera que plus tard pour remplir sa mission de malfaiteur. Donc, il usera de toute sa malice pour gagner de plus en plus d’espace sur l’Ange qui, souvent, cède sous sa pression. Et c’est ainsi que le mal l’emporte sur le bien.

Jésus de Nazareth qui guérissait les aveugles, les lépreux et qui ressuscitait même les morts, n’avait pas pu échapper à cette sentence en ordonnant l’exécution de ses ennemis. Il est écrit dans le verset 27 du chapitre 19 des Evangiles selon Luc :

« Au reste, amenez ici mes ennemis qui n'ont pas voulu que je régnasse sur eux, et tuez-les en ma présence ».

Le siècle des lumières n’a pas apporté grand-chose à l’humanité qui continue sa traversée des ténèbres. Dans une lettre de Voltaire adressée à Jean-Jacques Rousseau, converti au Catholicisme, il y a ce joli paragraphe :

« J'ai reçu, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain ; je vous en remercie ; vous plairez aux hommes à qui vous dites leurs vérités, et vous ne les corrigerez pas. Vous peignez avec des couleurs bien vraies les horreurs de la société humaine dont l'ignorance et la faiblesse se promettent tant de douceurs. On n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre Bêtes. Il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage. Cependant, comme il y a plus de soixante ans que j'en ai perdu l'habitude, je sens malheureusement qu'il m'est impossible de la reprendre. Et je laisse cette allure naturelle à ceux qui en sont plus dignes, que vous et moi ».

Quant au pauvre Galilée, il aura fallu attendre 1990 pour le voir réhabilité par l’Eglise Catholique qui a reconnu son erreur. Il avait osé dire que la terre n’était pas plate, qu’elle tournait sur elle-même et autour du soleil.

Repentance de Galilée devant le tribunal inquisiteur :

« Moi, Galiléo, fils de feu Vincenzio Galilei de Florence, âgé de soixante dix ans, ici traduit pour y être jugé, agenouillé devant les très éminents et révérés cardinaux inquisiteurs généraux contre toute hérésie dans la chrétienté, ayant devant les yeux et touchant de ma main les Saints Évangiles, jure que j'ai toujours tenu pour vrai, et tiens encore pour vrai, et avec l'aide de Dieu tiendrai pour vrai dans le futur, tout ce que la Sainte Église catholique et apostolique affirme, présente et enseigne. Cependant, alors que j'avais été condamné par injonction du Saint-Office d'abandonner complètement la croyance fausse que le Soleil est au centre du monde et ne se déplace pas, et que la Terre n'est pas au centre du monde et se déplace, et de ne pas défendre ni enseigner cette doctrine erronée de quelque manière que ce soit, par oral ou par écrit; et après avoir été averti que cette doctrine n'est pas conforme à ce que disent les Saintes Écritures, j'ai écrit et publié un livre dans lequel je traite de cette doctrine condamnée et la présente par des arguments très pressants, sans la réfuter en aucune manière; ce pour quoi j'ai été tenu pour hautement suspect d'hérésie, pour avoir professé et cru que le Soleil est le centre du monde, et est sans mouvement, et que la Terre n'est pas le centre, et se meut. J'abjure et maudis d'un cœur sincère et d'une foi non feinte mes erreurs ».

Je passe sur d’autres détails qui affirment que la terre est plate, que le soleil se couche dans une source boueuse et que le ciel est soutenu par des montagnes ou des piliers invisibles. Sans compter que Dieu a omis de citer les neiges qu’il a pourtant créées. Serait-ce que cet élément vital pour la planète n’est qu’un détail tellement insignifiant qu’il est occulté par le créateur ? Serait-ce que les glaciers et les neiges éternelles ne représentent rien devant la fourmi ou la huppe ? Si la réponse à ces questions, se trouve dans les nuages ou dans de l’eau qui se transforme en cristaux, je n’ai plus qu’à croire à l’incroyable et admettre l’inadmissible.

Pour conclure, je dirai qu’il est aussi facile de faire du mal qu’il est difficile de faire du bien. Il ne fait pas de doute que l’Ange et le Diable qui sommeillent dans chaque esprit, se livrent une bataille dont l’arbitrage est laissé au bon vouloir de la personne. Il suffit d’y croire et de faire le bon choix pour ne pas se tromper de cible, car le Diable qui est souvent pointé du doigt, n’est pas toujours celui qui est désigné.

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