Un champ en jachère ou l'héritage de cendre - Balade et méditation

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Cet espace se veut une invite à une randonnée à travers les voies de la vie. Je souhaite la bienvenue à celles et ceux qui me rejoindraient sur ce parcours où nous ferons des haltes pour nous ressourcer.


Un champ en jachère ou l'héritage de cendre

Publié par Idir Ait Mohand sur 27 Mai 2025, 08:46am

 

Il fut un temps où ce champ, vaste et fertile, nourrissait les rêves de ses enfants. Les graines de liberté, semées dans la douleur et l’espoir, avaient donné naissance à des pousses robustes, droites et fières, dressées comme un seul épi vers le ciel.

Le vent des promesses soufflait doucement sur les jeunes épis, et l’on croyait de tout cœur que les moissons seraient dignes des semailles, et que l’été viendrait avec sa gerbe d’accomplissements. Mais à la veille des moissons, alors que la terre exhalait l’odeur du blé mûr, des pyromanes sans foi ni loi,  porteurs de flammes de haine, avaient réduit en cendre tout le champ.

La terre, martyrisée, brûlée, crie sa douleur. On dit qu’elle est stérile, qu’il n’y a plus rien à espérer, mais sous la croûte noire de cendre, la vie murmure encore. Il suffira d’un hiver neigeux pour apaiser les plaies et couvrir les cicatrices. Le gel scellera l'horrible souvenir et l’effacera peu à peu de la mémoire en attendant le printemps avec ses pluies et ses rayons de soleil.

Les graines enfouies dans la profondeur du sol, germeront à nouveau à l’appel de la lumière et l'été ne sera plus celui des illusions, mais celui d’un travail porteur d’un espoir pour des moissons toujours meilleures. Quand l’automne viendra avec ses couleurs de maturité, le champ offrira ce qu’il peut avec faste et sans orgueil, car un champ en jachère n’est jamais un champ mort, il attend, il écoute, et tel le Phoenix, il renaîtra de ces cendres.

Mais le Phoenix n’est qu’un mythe, une chimère consolatrice née de l'imagination de ceux qui refusent de voir l’évidence. Il n’y a pas de miracle en ce bas monde, hormis dans les visions délirantes des drogués à la "tchouchna", ces marchands de rêves frelatés qui maquillent la misère en prophétie.

La vérité est plus rude. Ce champ, aussi vaste soit-il, ne renaîtra pas par magie. Il portera à jamais les stigmates du feu et les cicatrices du passé. La malédiction, disent certains, n’est pas une fatalité, elle est inscrite dans la chair même de ceux qui naissent ici. Elle suinte dans le sang, s’enracine dans les gènes et se transmet comme une dette de génération en génération.

Peut-être qu’un jour, non pas par miracle mais par volonté, un enfant du champ refusera l’héritage de cendre. Peut-être qu’il creusera plus profond encore, loin des mythes, jusqu’à déterrer une vérité que nul n’ose affronter. Il ne suffit pas d’espérer la pluie, il faut apprendre à labourer sous les orages.