Le temps des cerises - Balade et méditation

Balade et méditation

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Cet espace se veut une invite à une randonnée à travers les voies de la vie. Je souhaite la bienvenue à celles et ceux qui me rejoindraient sur ce parcours où nous ferons des haltes pour nous ressourcer.


Le temps des cerises

Publié par Idir Ait Mohand sur 13 Mars 2026, 11:02am

 

Ce matin-là, les premiers rayons du soleil, qui pointaient derrière le massif du Djurdjura, réveillèrent aussitôt Moumouh. Comme dans les contes de fées, Moumouh le bienheureux, à qui la vie souriait, s’empressa de faire sa toilette. Il se para de la belle tenue qu’il avait achetée quelques jours auparavant dans une vitrine de la capitale.

Il avait fait le bon choix pour être à la fois élégant et à l’aise dans ce costume d’été qui lui allait à merveille. Il fallait qu’il soit à la hauteur de celle qu’il attendait pour lui déclarer son amour, après qu’ils eurent fait connaissance lors d’une rencontre fortuite.

Moumouh, malgré ses vingt-cinq ans, avait une vision futuriste à la limite de la folie des grandeurs. En effet, pendant que les jeunes de son âge rêvaient d’un scooter, lui voulait posséder une grosse voiture. Curieusement, depuis sa première aventure avec une femme alors qu’il n’avait que seize ans, il avait toujours été attiré par des femmes plus âgées que lui.

Fadhma n’était pas plus âgée que lui, mais elle avait atteint une maturité qui faisait d’elle une jeune femme très convoitée. Moumouh, non moins beau jeune homme, tomba amoureux d’elle. C’est avec impatience qu’il attendit l’heure de leur rendez-vous fixé à proximité de son village. Le lieu était bien choisi, un champ familial qui avoisinait celui de la famille de sa bien-aimée.

Le temps lui parut interminable et sa montre semblait refuser d’avancer. Mais la nature était si belle qu’il en profita pour faire durer le plaisir de l’attente en s’offrant une balade aux alentours du village.

- Bonjour Moumouh, la journée est aussi belle que ton habit, lui dit une dame aux mœurs légères qu’il croisa sur son chemin.

- Bonjour et bonne journée, répondit simplement le jeune homme, qui n’avait d’yeux que pour Fadhma.

La dame avait plus d’un tour dans son sac pour avoir ensorcelé plusieurs hommes, elle savait séduire avec un charme qu’elle avait développé en ville.

Tout de vert vêtue et parsemée de fleurs, la campagne était aussi au rendez-vous pour accompagner Moumouh dans son rêve éveillé. Même les oiseaux fredonnaient avec lui le trésor de ses vingt-cinq ans. Le ciel était d’un bleu immaculé et le soleil semblait lui faire des clins d’œil, lui murmurant qu’il était le plus beau de tous et sa dulcinée la plus belle de toutes.

Moumouh jeta un coup d’œil à sa montre qui affichait midi. Il revint sur ses pas et rejoignit la maison où l’attendait sa mère pour un déjeuner bien concocté. Sa maman se doutait de quelque chose, mais elle fit comme si de rien n’était pour ne pas gêner son fils chéri. Elle était au courant de sa relation avec Fadhma, et une belle-fille comme elle serait la bienvenue.

Moumouh avala son repas, rejoignit sa chambre, puis s’allongea un moment sur son lit avant d'aller vers son champ pour y passer le temps qui le séparait encore de son rendez-vous. La rencontre était prévue pour quinze heures, près d'un vieux frêne situé entre leurs deux propriétés.

Entre-temps, il s’attela à préparer un joli bouquet composé de plusieurs variétés de fleurs des champs, qui ne manquaient pas en cette fin du mois de mai où la flore était abondante. Plus qu’une heure d’une interminable attente pour l’heureux prétendant assis sur l’herbe, à l’ombre du vieux frêne, scrutant au loin les villages voisins qui semblaient accrochés, tels des chapelets, à leurs collines verdoyantes.

Pendant les dernières minutes qui faisaient languir le soupirant, trop d’idées lui traversèrent la tête : « Et si Fadhma avait un empêchement de dernière minute ? Et si elle se rétractait ? Et si... »

Son inquiétude s’accentua lorsqu’il entendit un coucou qui semblait le narguer de son chant. Moumouh pensa que cet oiseau emblématique n’était pas là par hasard, il était là pour se payer sa tête avec ses cris prémonitoires.

- Hé, sale volatile qui fait fuir les bovins, va faire ton numéro ailleurs ! lança-t-il sans se rendre compte que Fadhma était à quelques pas derrière lui.

- Coucou, je suis là...

Moumouh n’en croyait pas ses yeux. Il se retourna et vit Fadhma arriver dans sa robe fleurie de mille et une paillettes. Il se leva et, les deux mains tendues vers sa dulcinée, lui souhaita la bienvenue.

- Comme tu es belle, Fadhma ! Accepte ces quelques fleurs que j’ai cueillies pour toi en t’attendant.

- Merci Moumouh, elles sont vraiment belles. Toi aussi, je te trouve beau.

Ils s’installèrent sous un cerisier. Le gazouillis des oiseaux, l’herbe, les fleurs, les arbres et les délicieux fruits, tout y était pour inciter les deux amoureux à aller au-delà des mots dits avec finesse. La discussion dura deux heures. Ils échangèrent des propos pleins d’espoir. Dans leurs têtes, et sans se le dire, ils se voyaient déjà promis à une union durable. Avant de se quitter, Moumouh posa ses mains sur les épaules de Fadhma, l’admira longuement et lui dit :

- Quelle chance de t’avoir rencontrée ! J’espère que nous nous reverrons dès mon retour du Sud, car je dois repartir demain matin.

- Tu repars pour combien de temps ?

- Quatre semaines exactement. Je serai là à la fin du mois de juin.

- Au revoir Moumouh. Alors à très bientôt, dans quatre semaines... n’oublie pas...

Fadhma fit quelques pas, franchit une petite haie, puis disparut peu à peu à travers les champs. Il était dix-sept heures. Moumouh replongea dans son rêve éveillé jusqu’au crépuscule. Face à l’ouest, il observa le coucher du soleil. La vue était imprenable et l’astre était dans toute sa splendeur. Ce fut le plus beau crépuscule de sa vie, et il se prépara à passer une nuit peuplée de songes en compagnie de Fadhma.

Le lendemain matin, jour du départ vers le Sud, Moumouh plia bagage et se rendit à la capitale où il passa la journée avant de rejoindre l’aéroport. À peine installé dans l’avion qui devait l’éloigner de Fadhma d’au moins mille kilomètres, il entendit une voix :

« Le commandant de bord et son équipage vous souhaitent la bienvenue à bord de cet avion de la compagnie Air Algérie. Nous atteindrons notre destination dans une heure de vol. Nous vous prions de bien vouloir attacher votre ceinture... »

Cette annonce, il l’avait entendue de nombreuses fois lors de ses navettes entre le Nord et le Sud, mais cette fois-ci, ce n’était pas la voix d’une hôtesse qui résonnait à son oreille, c'était celle de Fadhma qui lui parvenait des collines de Kabylie. Moumouh resta dans sa rêverie jusqu’à ce qu’il fût réveillé par l'annonce de l’arrivée.

Après quatre longues semaines, il fut de retour. Ils se retrouvèrent comme au premier jour pour échanger les mots les plus doux sous le cerisier nourri à l’air pur du Djurdjura. Les branches étaient tellement chargées de fruits qu’elles effleuraient l’herbe. Ce jour-là, il régnait une atmosphère que seuls les poètes et les romantiques pourraient décrire.

Fadhma n’avait jamais fréquenté personne auparavant et Moumouh le savait. Pour ne pas l’intimider, il commença par l'effleurer d'un baiser sur la joue. Fadhma ferma les yeux par pudeur, puis tendit sa bouche à Moumouh qui l’embrassa tendrement. Ce fut leur premier baiser, dans une étreinte digne des grands amants.

D’autres retrouvailles suivirent et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Un bonheur qui semblait s’installer durablement pour les deux tourtereaux. Un jour, sous le même cerisier, Moumouh fit une importante déclaration à sa bien-aimée. Ils étaient à deux pas de consommer une lune de miel précoce, ce qui aurait peut-être entaché le plaisir de l’attente de leur union officielle. Le réflexe de Fadhma et la compréhension de Moumouh évitèrent de justesse ce qui aurait pu devenir un gramme de fiel dans un récipient de miel.

- Fadhma, veux-tu me prendre pour époux ? lui demanda-t-il en cet après-midi béni par tous les saints du Djurdjura.

- Moumouh, tu sais très bien que je suis entièrement à toi pour la vie. Pour te prouver mon amour, je pourrais m’offrir à toi dès maintenant, mais pense à notre lune de miel !

- Oui, répondit-il, tu as raison. Une lune de miel, ça se prépare. C’est un plat qu’il faut faire mijoter avant de le déguster. Nous n’allons pas gâcher ce moment, patientons encore. D’ailleurs, je vais en parler dès ce soir à mes parents pour qu’ils viennent demander ta main.

À suivre...