Au Borderline de la folie - Balade et méditation

Balade et méditation

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Cet espace se veut une invite à une randonnée à travers les voies de la vie. Je souhaite la bienvenue à celles et ceux qui me rejoindraient sur ce parcours où nous ferons des haltes pour nous ressourcer.

Au Borderline de la folie

Publié par Idir Ait Mohand sur 16 Mai 2017, 07:46am

Heureux les simples d’esprit, car le royaume des cieux leur appartient ! (Matthieu, chapitre V).

C’est vrai, car depuis que je me suis enlisé dans des questions-réponses, je ne peux pas dire que je suis heureux ou que je l’aurais été si j’étais un tel ou un tel autre. Non, je refuse d’être un simple d’esprit et, par conséquent, je rejette l’offre du royaume des cieux.

Mais alors, serais-je devenu fou au point de refuser une telle offrande ? Non, je n’irai pas sur les sentiers de la folie pour rejoindre le rang des fous qui dénigrent le royaume des cieux. Si je comprends bien, il faudra donc que je m’aligne avec les simples d’esprit qui, du haut de leur « sagesse » font du royaume des cieux un acquis indiscutable.

Non et non, je ne veux pas être un simple d’esprit et je ne veux pas, non plus, être un fou. Mais alors qui suis-je donc ? Comme il n’y a pas d’autre choix à faire, c’est l’un ou l’autre, je serais tenté de faire le fou et continuer à me poser des questions sur toutes les choses de la vie et même celles qui n’ont pas de réponses que d’aucuns simples d’esprit objecteraient. C’est tant mieux pour eux et autant pour moi qui persiste dans ma façon de voir les choses, non pas comme elles sont, mais telles qu’elles auraient dû être.

D'un point de vue général, le fou est considéré comme étant un être dépourvu de raison. Le simple d’esprit qui ne l’est pas moins du fait qu’il manque de discernement, est perçu de la même façon. Mais, voilà que les rôles s’inversent en faveur des simples d’esprit qui deviennent des avisés et les autres, qu’ils soient fous ou pas, des abrutis. Autrement dit, celui qui agit contrairement à l’idée reçue, se retrouve du côté des fous et celui qui résonne avec un esprit simple est perçu comme étant un éclairé à qui appartient le royaume des cieux.

Entre le royaume des cieux réservé aux simples d’esprit et le royaume des fous qui se moquent royalement de tous les idéaux, il y a une dimension très étendue, c’est celle de la majorité qui pense autrement, mais qui ne peut pas exprimer publiquement sa pensée de crainte de recevoir et d’encaisser les foudres du diable dont tout le monde parle, mais qu’on ne voit jamais sauf dans l’imaginaire.

A ce propos, il faut être fou pour perdre son temps à essayer de comprendre l’incompréhensible et vouloir voir l’invisible. Oui, il faut être fou pour empiéter sur les plates-bandes du diable et tenter de le débusquer pour voir cette étrange créature et dialoguer avec lui. Il n’y a que le fou qui peut attraper le diable par la queue et lui dire qu’il est gracieux, captivant et irrésistible par sa beauté. Il n’y a que le fou qui peut jouer avec le diable, sachant qu’on n’en sort jamais vainqueur dans tous les cas de figure. Enfin, il faut être fou pour se soumettre aux ordres du diable et lui vouer une adoration sans failles.

Je viens de citer le diable sans que je le maudisse comme c’est d’usage depuis la nuit des longs couteaux quand Abraham prononça le rituel sept fois le jour du sacrifice. Non, je ne maudis pas Satan car ce serait me maudire moi-même puisqu’il est en moi pour citer Charles Baudelaire dans sa fameuse sentence sur le diable. Si le diable est en moi, pourquoi ne le serait-il pas en toi, en lui, en elle ?

Etre ou ne pas être ? J’entends par là, être du côté du diable et c’est la paix totale avec lui, ou bien lui opposer une résistance et c’est la guerre déclarée avec toutes ses conséquences. Diogène de Sinope et tant d’autres philosophes célèbres ou simplement des marginaux méconnus, firent les frais de leur refus de se conformer aux règles d’une société déglinguée qui ne va pas mieux de nos jours. Tous ceux-là firent le choix de devenir fous afin de s’exprimer en toute impunité.

Ôte-toi de mon soleil ! Disait Diogène au roi qui était venu lui demander s’il avait besoin de quelque chose. Mieux encore, j’imagine Diogène hurlant comme un loup et levant la patte pour pisser, non pas contre le mur, mais sur la toge du roi qui insistait pour l’aider. Ça, c’est une belle folie qui permet tous les excès sans subir de représailles puisque le fou n’est pas passible des tribunaux.

A défaut de gestes de compassion envers le fou, tout ce qu’il risque c’est l’indifférence totale. Il peut se permettre d’insulter et d’injurier tous les puissants de la planète et leurs commandos des boulevards de la mort sans en être inquiété et si cela ne suffit pas à apaiser sa colère, il peut lancer des blasphèmes comme le fait le voisin d’en face en plein jour pendant le mois Ramadan avec sa cigarette au bec.

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